Comment étalonner un documentaire : guide du débutant

L'étalonnage d'un documentaire expliqué aux débutants — équilibrer des rushes disparates, construire un parti pris, et le réalisme qu'exige le doc.

Par Indian Point Film Editorial 27 juillet 2021 4 min de lecture
A colour-grading monitor

Étalonner un documentaire est un métier différent d’étalonner une fiction, et cette différence piège les débutants. En fiction, vous maîtrisez tout — lumière, optiques, planning — donc l’étalonnage sert à pousser un parti pris. En documentaire, vous avez tourné ce que vous pouviez, quand vous pouviez, dans la lumière que la journée vous a donnée. Vos rushes sont disparates par nature. Le premier travail d’un étalonnage documentaire n’est pas un parti pris du tout. C’est de faire en sorte que tout appartienne au même film.

Ceci est un guide pour débutant, écrit en supposant que vous travaillerez dans DaVinci Resolve, gratuit pour commencer et standard de l’industrie pour l’étalonnage. Si vous choisissez vos outils, Resolve vs Premiere explique pourquoi.

Les deux étapes : équilibrer, puis le parti pris

Tout étalonnage a deux phases, et les débutants bâclent la première. L’équilibrage (ou étalonnage « primaire ») consiste à rendre chaque plan correct en lui-même et cohérent avec ceux qui l’entourent. Le parti pris (étalonnage « secondaire » et créatif) est l’ambiance que vous appliquez par-dessus une fois que tout est homogène. Faites-les dans cet ordre. Un parti pris appliqué à des rushes non équilibrés ne fait qu’étaler l’incohérence.

Étape un : équilibrer chaque plan

Commencez par vos scopes, pas par vos yeux. Les yeux mentent, surtout après des heures devant un moniteur. La forme d’onde, le parade et le vectorscope de Resolve vous disent la vérité sur votre image.

Les gestes de base, dans l’ordre :

  • Poser les points noir et blanc. Réglez pour que la partie la plus sombre de l’image se place près du bas de la forme d’onde sans écraser, et la plus claire près du haut sans clipper. Cela vous donne toute la plage de contraste pour travailler.
  • Corriger la balance des blancs. Neutralisez les dominantes pour que les blancs soient blancs et que la peau ressemble à de la peau. La ligne des tons chair du vectorscope est votre alliée : les carnations naturelles s’alignent dessus.
  • Raccorder les plans d’une scène. C’est le cœur de l’étalonnage documentaire. Un entretien monté entre deux caméras, ou une séquence tournée sur une matinée alors que le soleil bougeait, doit sembler continu. Choisissez un plan héros, équilibrez-le, puis raccordez les autres dessus. Les outils de split-screen et de captures fixes de Resolve rendent cela gérable.

Bien fait, l’étape un est invisible. Personne ne regarde un documentaire en pensant « bel équilibrage ». On cesse simplement de remarquer les coupes. C’est le but.

Étape deux : construire un parti pris — prudemment

Vous pouvez maintenant ajouter une ambiance. Mais le documentaire demande une retenue que d’autres genres n’exigent pas, parce que la forme repose sur une impression de réel. Un étalonnage orange-et-cyan de blockbuster sur un doc en vérité se lit comme un mensonge. Le parti pris doit servir le sujet, pas le contredire.

Quelques approches honnêtes :

  • Une teinte douce et constante. Une légère chaleur, une touche de désaturation, une courbe de contraste pellicule appliquée à tout le film pour la cohésion. Subtil est le maître-mot.
  • Distinguer des temporalités ou des lieux. Si votre doc passe d’une ville froide à un foyer chaleureux, ou d’aujourd’hui aux archives, la couleur peut discrètement guider le spectateur. C’est un usage légitime, au service du public.
  • Respecter les archives. Les images anciennes ont leur propre palette. Parfois vous les fondez dans votre parti pris ; parfois vous les laissez distinctes à dessein. L’un comme l’autre peut être juste — faites-en simplement une décision.

Utilisez power windows et tracking avec parcimonie pour guider l’œil : éclaircir légèrement un visage, retenir une fenêtre lumineuse derrière quelqu’un. Mais chaque secondaire ajouté est du temps, et sur un long métrage vous avez des centaines de plans. Choisissez vos combats.

Le piège du réalisme, dans les deux sens

Les débutants se trompent dans deux directions opposées. Certains laissent tout plat et intact, craignant que tout étalonnage soit de la « triche » — mais des rushes non équilibrés ne sont pas honnêtes, juste inachevés, et ils sortent le spectateur du film aussi sûrement qu’un sur-étalonnage. D’autres découvrent la page couleur et poussent tout vers un look de clip qui combat la matière.

Le bon point d’équilibre, ce sont des rushes qui ressemblent à un seul film, qui respirent naturellement, et qui portent une teinte choisie à dessein mais qu’on saurait à peine nommer. Si un spectateur remarque votre étalonnage, vous êtes sans doute allé trop loin — sauf si attirer l’attention sur l’image est précisément le propos.

Notes de mise en place pratique

Étalonnez sur un moniteur calibré si vous le pouvez ; un écran de portable vous mentira sur la couleur et la luminosité. Travaillez dans une pièce à l’éclairage constant, tamisé et neutre. Et étalonnez tard — la couleur est l’une des dernières étapes, après le verrouillage de l’image, pour ne pas réétalonner des plans qui finissent coupés. Elle se place vers la fin de tout workflow de post-production sensé, juste avant de préparer les livrables finaux.

Pas besoin d’être étalonneur professionnel pour donner à un documentaire une image propre, cohérente et intentionnelle. Il faut des scopes, de la patience, et la discipline d’équilibrer avant d’embellir. Partez de là, et le parti pris vient tout seul.

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